Guide de l’agriculture du futur

Depuis plusieurs décennies, l’agriculture fait l’objet de maintes controverses telles que liées à la gestion de l’eau, l’usage des pesticides et des biotechnologies, la qualité des produits alimentaires et les modèles agro-industriels, les enjeux de santé, la fragilisation des écosystèmes et la perte de biodiversité, le financement public de l’agriculture, etc. Dans le même temps, l’agriculture est source de fortes attentes de la société en termes d’alimentation et de qualité des produits, d’environnement et de cadre de vie mais aussi de lutte contre le changement climatique et de protection de la biodiversité. Si l’agriculture veut pouvoir continuer à nourrir correctement notre planète qui devrait compter près de 9 milliards d’habitants d’ici à 2050, elle se doit de présenter de réels changements, comme par exemple ceux que nous allons développer dans ce guide de l’agriculture du futur.

  • La ville comme terre arable : permaculture et ferme verticale

Alors que l’exode rural est en constante augmentation et globalisé, la tendance devrait continuer à s’accentuer pour atteindre des niveaux d’urbanisation de plus de 80% à horizon 2050, contre tout juste 50% en 2007. 80%, c’est également la surface des terres agricoles déjà surexploitées en 2015. Selon les projections de l’ONU, l’effet combiné de l’urbanisation croissante et de l’augmentation de la population mondiale contribuera à une augmentation de 2,5 milliards de personnes supplémentaires dans les villes.

La permaculture est considérée par certains comme l’avenir de l’agriculture de par son efficacité, sa durabilité, la diversité de ses récoltes et sa proximité avec la ville. Le principe est simple, il s’agit de faire cohabiter plusieurs espèces végétales, telles que légumes et petits arbres fruitiers, avec aussi des arômes, de l’herbe, des fleurs comestibles, etc. au sein d’une même parcelle exploitable et cultivable, un maximum de diversité dans un minimum d’espace, tout en gaspillant moins d’énergie. En d’autres mots, c’est concevoir des cultures, des lieux de vie autosuffisants et respectueux de l’environnement et des êtres vivants, en s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes et des savoir-faire traditionnels. Il convient de profiter de tous les éléments et microorganismes naturels présents dans le sol qui travaillent de manière optimale et enrichissent la terre, à condition qu’ils ne soient pas perturbés par des labours ou des apports extérieurs comme les engrais ou les pesticides. En effet, la permaculture vise à nourrir le sol et non la plante directement, améliorer le sol en le rendant toujours plus vivant et fertile afin qu’il fournisse à la plante tous les éléments nutritifs dont elle a besoin, on parle là d’agrader la terre. Il est important de ne pas laisser le sol nu pour garder l’humidité du sol, avec l’utilisation par exemple de paille, de mousse, de bois broyé, de pierre, etc. afin que l’enrichissement du sol se déroule dans des conditions idéales. Il ressort des premières exploitations suivant ce concept que 1000 m2 cultivés par une seule personne en permaculture permettrait de dégager un chiffre d’affaire annuel de plus de 50.000 euros.

Le concept de ferme ou serre verticale est relativement récent, la notion d’agriculture urbaine verticale a en effet été théorisée à partir de 1999. Elle consiste à superposer sur plusieurs étages des cultures et des élevages au cœur des villes afin d’économiser de l’espace sans manquer en rendement. Il s’agit d’un immeuble où des fruits et légumes sont cultivés à grande échelle selon des techniques similaires à celles employées pour les serres. Les végétaux y poussent par hydroponie (hors sol), sur un substrat (sable, billes d’argile, laine de roche, etc.) irrigué au goutte à goutte par une solution composée d’eau distillée et de nutriments. Selon l’inventeur à l’origine du concept, la part de ce mélange non absorbée par les plantes pourrait être recyclée, ce qui réduirait de 70 % leur consommation d’eau. Le chercheur souligne que ces serres géantes n’auraient pas besoin de pesticides, les cultures étant à l’abri des insectes et des bactéries, autant que des aléas climatiques. Leur éclairage artificiel, qui renforce la lumière solaire, maintiendrait une température constante, accélérerait la pousse des plantes et assurerait des récoltes toute l’année. Avec un rendement de quatre à six fois supérieur à celui de l’agriculture conventionnelle. Plus largement, les partisans des fermes verticales affirment qu’elles supprimeraient les effets néfastes de l’expansion urbaine.

A savoir : l’augmentation de la distance entre les lieux de production et nos assiettes, et donc celle du coût du transport, des gaspillages et des risques sanitaires. Les fermes verticales ne présentent a priori que des avantages : recyclage des eaux usées, réduction des émissions de gaz à effet de serre et ralentissement du réchauffement climatique, création d’eau potable grâce à l’évapotranspiration des végétaux, disparition de l’usage des insecticides et autres fertilisants chimiques. En permettant à l’homme d’arrêter d’exploiter les zones actuellement dévolues à l’agriculture, les fermes verticales favoriseraient la réinstallation d’écosystèmes complètement naturels à la campagne, afin d’en préserver la biodiversité.

  • L’Uberisation de l’agriculture : digitalisation, connectivité et robotisation

Dans une économie connaissant des bouleversements majeurs, le secteur agricole, vivant lui aussi une intense mutation technologique, ne pourrait en rien se prémunir contre l’arrivée d’acteurs disruptifs souhaitant faire évoluer les habitudes.

Qu’elles soient portées sur l’exploitation agricole, les services de conseil, mais également dans le domaine de l’agro-écologie et des nouvelles techniques agronomiques, il a été identifié que tous secteurs générant de l’insatisfaction client serait sensible à une perturbation quelle qu’elle soit. Il est évident que, pour de nombreux consommateurs, l’industrie agroalimentaire et notamment les géants de cette industrie font, à tort ou à raison, l’objet d’une certaine défiance, soit sur la qualité de la nourriture produite via l’utilisation de produits phytosanitaires pour la production de céréales, l’élevage intensif pour la production de viande, le recours à des conservateurs et à des additifs alimentaires pour les produits transformés, des produits trop sucrés, trop salés ou trop gras jugés nuisibles à la santé et facteurs de surpoids, soit sur le niveau des prix. L’usage de technologies numériques de pointe se répand rapidement auprès des agriculteurs car elles peuvent les aider à maximiser leurs récoltes et leurs revenus. De multiples équipements agricoles sont dorénavant connectés entre eux, exploitant également des données de géolocalisation. Cet ensemble permet de coordonner et d’optimiser le système agricole. Par exemple, des bineuses automatisées injectent des engrais azotés à une profondeur et à intervalles spécifiques, tandis qu’un semoir suit et dépose les graines directement dans le sol fertilisé.

Des plateformes numériques servant de système de gestion des fermes sont apparues dans les années 2000, avec certains géants de l’agriculture comme John Deere, DuPont et Syngenta qui ont initié leurs développements dans cette activité, mais également grâce à l’arrivée d’acteurs spécialisés dans l’information géographique comme les entreprises américaines Trimble Navigation, Mavrx et Planet Labs. Ces plateformes ont pour but de collecter un très grand nombre de données, comme par exemple le comportement dans le temps de certaines graines, les conditions météorologiques, ou encore l’état des sols, auprès de fermes individuelles via l’utilisation de drones, de satellites, du Big Data, de puces RFID (Radio Frequency IDentification), etc. Ces données sont analysées, stockées, comparées et transformées en algorithmes afin d’apporter des recommandations aux différents acteurs pour ajuster les traitements, gérer intelligemment la consommation d’eau, acheter de nouveaux outils plus adaptés, plus performants, moins onéreux, mais aussi pour suivre le cycle de vie des produits, optimiser la production, contrôler les conditions de conservation. Les plateformes numériques dans le secteur de l’agriculture vont permettre à ce secteur d’accroitre la connectivité entre les acteurs, c’est à dire améliorer les techniques existantes, anticiper les futures demandes, mais aussi animer les échanges de bonnes pratiques et sur les risques potentiels avec en début de chaine l’anticipation et la prévention contre l’arrivée de maladies fongiques ou de ravageurs sur les récoltes, puis en bout de chaine l’optimisation des commandes des distributeurs selon la météo et leurs inventaires. Enfin, la création d’un centre de recherche dédié à l’agriculture numérique montre la volonté de la France de s’afficher comme le leader du secteur. Cela passera par la mise en place d’ici 2020 de prototypes de capteurs de détection des états des écosystèmes. Ils permettront de connaître l’état des sols et des végétaux ou encore la qualité sanitaire d’un terrain.

Sur le terrain de la robotique agricole, les innovations technologiques se font principalement sur le début de la chaine de production avec, en plus de drones permettant le contrôle des terres, l’arrivée des premiers robots terrestres. L’université de Sydney a développé RIPPA (Robot for Intelligent Perception and Precision Application), un robot alimenté grâce à ses propres panneaux solaires qui présente la capacité de détecter puis supprimer les mauvaises herbes qui poussent dans les exploitations de légumes. Cependant, le désherbage se fait jusqu’à ce jour encore avec l’utilisation de pesticides, même si les chercheurs de l’université de Sidney sont en train de mettre au point un système de suppression laser. Au niveau français nous avons Oz, un robot plus petit mis au point par la PME Naïo à Toulouse, qui a attaqué le marché du désherbage avec sa bineuse intégrée. En se déplaçant, Oz déracine les mauvaises herbes sans toucher au maïs car il sait distinguer les mauvaises plantes des cultures, quand il arrive au bout d’une rangée, il sait faire demi-tour et enfin, après avoir fini une parcelle, il prévient l’agriculteur par SMS. Oz est au prix de 21.000 euros et il serait rentabilisé en seulement 2 ans par un maraîcher qui exploite 5 hectares. Les robots se développent également rapidement dans tous les métiers de cueillette qui sont encore aujourd’hui réalisés principalement à la main. La récolte manuelle des fruits et légumes consomme énormément de temps pour une moindre valeur ajoutée ce qui pousse le développement de ces robots ramasseurs.

Sources :

http://www.un.org/en/development/desa/news/population/world-urbanization-prospects-2014.html

http://www.slate.fr/story/97861/permaculture

https://www.youtube.com/watch?v=Tp1zGmt7m9w

http://www.objetconnecte.net/agriculture-connectee-2701/

Hugo Kaiser

Hugo KAISER

Hugo KAISER

Hugo Kaiser a rejoint le monde de la gestion d’actifs en janvier 2015. Après avoir suivi un Master 1 en Finance Internationale à l’INSEEC Lyon, Hugo s’est doté d’un Master 2 en Management Environnemental et Energétique. Il s’est par la suite spécialisé dans les marchés financiers en intégrant le Master 2 Trading - Finance de Marché de l’ESLSCA Business School Paris. Hugo est basé à Genève depuis septembre 2017, il est en charge du développement à l’international de Sanso IS.


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