Changement climatique : l’eau en cours d’évaporation ?

L’eau, essence même de la vie et du modèle économique actuel, nous semble être acquise depuis toujours, et admise comme inépuisable, il en tombe bien du ciel. Se présentant sous diverses apparences et états physiques, son utilisation se veut universelle. Elle est confrontée à une demande croissante et souvent conflictuelle ce qui lui confère une rareté de plus en plus inquiétante. La population mondiale étant vouée à augmenter, historiquement, la consommation d’eau a augmenté deux fois plus que le taux de croissance de la population. S’ajoute l’inégalité entre les régions : par exemple, la Chine ne bénéficie que 8% de l’eau dans le monde alors qu’elle détient 22% de la population mondiale. De plus, la raréfaction de l’eau conduit à la famine, la maladie et l’instabilité politique dans de nombreuses parties du monde. Rien n’est plus essentiel que l’eau, pourtant il y a un manque préoccupant de son approvisionnement sur Terre.

Aujourd’hui, 99% de l’eau est soit salée, soit gelée dans les glaciers, laissant moins de 1% d’eau douce disponible ; on peut également ajouter la pollution qui diminue fortement la quantité d’eau pouvant être utilisée. Dans le même temps, la demande mondiale pour l’eau s’est considérablement accrue en raison de l’expansion de la population, l’augmentation de l’industrialisation et l’urbanisation, l’évolution des habitudes alimentaires et les changements climatiques. En regardant de plus près une particule d’eau, ses propriétés d’absorption des rayons de soleil paraissent surprenantes. Si certains lacs et eaux profondes offrent une couleur sombre c’est qu’ils ne dispersent pas assez la lumière en raison de la saturation. Les nuages, composés de vapeur d’eau à saturation et d’autres gaz, se présentent idéalement comme un bouclier vital, car sans eux, la température au sol serait 20% supérieure. Mais ils agissent également comme une paroi permettant à la chaleur de ne pas s’échapper quand le soleil n’atteint plus la surface de la Terre. Les modifications constatées sur la distribution des nuages comme les couloirs atmosphériques dans lesquels se déplacent les tempêtes qui se retirent vers les pôles, tandis que les zones arides subtropicales, dépourvues de nuages pluvieux, s’étendent et que le sommet de la couche nuageuse est de plus en plus haut, semblent être en partie due à l’augmentation des gaz à effet de serre. On comprend donc bien l’impact des nuages sur le climat d’aujourd’hui, mais il reste des incertitudes importantes sur ce qu’est la rétroaction entre nuages et climat et si celle-ci renforce ou au contraire limite le réchauffement climatique.

La problématique de l’eau préoccupe de plus en plus les gouvernements, et devient une question dominante de la politique publique. De nombreux règlements sur la consommation ont été mis en place, notamment au niveau européen avec par exemple l’annexe II de la directive 2006/118/CE du Parlement européen et du Conseil sur la protection des eaux souterraines contre la pollution et la détérioration. Plus récemment, sur 94 pays répondant à une enquête de l’ONU, 83 annoncent officiellement avoir défini des procédures claires en matière de gestion de l’eau, assainissement et programme d’hygiène publique. L’organisation mondiale de la santé estime qu’une somme d’un milliard de dollars par an devrait être investie pour protéger l’eau : gérer correctement l’approvisionnement pour sa conservation mais aussi améliorer toutes les infrastructures permettant cet approvisionnement et l’assainissement de l’eau. Le rattrapage en termes de dépenses de remplacement d’infrastructures vieillissantes ne semble toujours pas lancé. Aux Etats-Unis, alors que la plupart des dépenses consacrées à l’infrastructure de l’eau proviennent des gouvernements des États et des municipalités, les politiques du président Trump et son soutien très important aux dépenses supplémentaires en infrastructures semblent susceptibles de créer un environnement de soutien. Appui politique par ailleurs partagé entre les partis pour des dépenses supplémentaires dans ce domaine. Dans les pays émergents et notamment en Chine, des plans d’infrastructures importants sont en train d’être mis en œuvre. Du côté des services aux collectivités, la phase de durcissement des règlementations semble passée et la plupart bénéficient désormais d’un cadre clair pour les années à venir.

La demande croissante pour l’eau douce a rapidement posé des problématiques tenant à la gestion de l’eau. Il est apparu que la réalisation d’investissements financiers dans cette industrie pouvait être porteuse et largement bénéfique. Une stratégie de gestion actions du domaine de l’eau a d’ailleurs été créée en 2000 et il en existe maintenant un grand nombre au vue des opportunités dans les entreprises fournissant des solutions sur plusieurs secteurs d’activités :

  1. Traitement de l’eau : La nécessité en eau potable est une question éminemment importante face à une disponibilité d’eau douce limitée, problème renforcé par des infrastructures de traitement des eaux usées obsolètes et une augmentation de la pollution.

  2. Approvisionnement : L’augmentation de la demande est due à une population toujours plus urbaine, mais aussi à une industrialisation croissante et une agriculture toujours très présente. L’approvisionnement est d’autant plus complexe à réaliser dans les pays sous-développés.

  3. Infrastructures : Les nouvelles infrastructures, en plus de répondre aux normes de qualité, permettent une gestion plus raisonnée de la consommation de l’eau, en minimisant au maximum les pertes.

  4. Innovations : Les solutions technologiques sont de plus en plus étudiées et débattues dans le cadre du changement climatique. Parmi elles, le dessalement d’eau de mer, des dispositifs filtrants les eaux usées et polluées, mais surtout son potentiel d’application en médecine grâce aux travaux de recherche avancés sur la théorie de la mémoire de l’eau.

Les risques liés à l’eau sont multiples, d’origine humaine ou naturelle, indépendants ou bien connexes, mais avant tout effrayants. Alors que plus de 2 milliards de personnes ont obtenu des conditions d’assainissement d’eau acceptables sur les 25 dernières années, il reste 2.5 milliards d’habitants en peine d’aménagements sanitaires corrects et 10% de la population qui n’a même pas accès à l’eau potable. Il semblerait que sans découverte scientifique ou innovation technique radicale et si aucune modification majeure n’apparait dans notre consommation d’eau, le graphique ci-dessous progressera drastiquement. En effet, au regard des tendances actuelles, la demande devrait excéder l’offre actuelle de 40% d’ici à 2030. En d’autres termes, il est estimé que plus d’un tiers de la population mondiale n’aura pas accès à l’eau potable en 2030.

Toutes les industries utilisent de l’eau, certaines beaucoup plus que d’autres. Des dispersions existent également sur le niveau de prise en compte des questions relatives aux préoccupations suscitées par la disponibilité à long terme de cette ressource. Les deux industries les plus consommatrices d’eau sont celles de l’agriculture et de l’énergie. Parmi les autres grands consommateurs d’eau, en plus des secteurs des métaux de l’extraction minière, figurent les secteurs de l’alimentation et de la boisson, du textile, des produits chimiques, de l’acier, de la construction automobile et du papier. La nécessité pour les entreprises de regarder des facteurs de pénurie probable d’eau repose sur une appréhension des risques opérationnels ou de réputation, provenant de l’impact environnemental et social au niveau local dû à une exploitation trop importante. Plus généralement, divers risques liés à l’épuisement des ressources continuent de voir le jour tels que, parmi les plus pressants, les conséquences des sécheresses, la disparition de terres végétales, la désertification, l’appauvrissement et la rareté des ressources, et l’épuisement des nappes phréatiques. Sur le plan environnemental, selon une étude de 1990 à 2014 sur les pays du G20, les évènements météorologiques tels que les inondations et les cas de sécheresses ont respectivement entrainé la mort de 76.000 et 3.000 personnes, à raison de 1064 et 79 occurrences et entrainant 500 et 100 milliards de dommages. Ces évolutions, dont beaucoup seront exercées par le réchauffement climatique, semblent s’accélérer et ont des répercussions sur de nombreuses industries. L’existence de base de données extra-financière sur l’adaptation des entreprises à ces différents risques permet à l’investisseur d’enrichir son analyse. Il pourra engager un dialogue actionnarial auprès des entreprises et user de ses droits de vote pour motiver des changements. Il apparait que dans le secteur de l’agronomie, la consommation directe d’eau pour la production de matières premières agricoles représente à peine un millième de la consommation indirecte issue des usines tout au long de la chaine d’approvisionnement. Il pourra aussi décider de se positionner sur des entreprises prenant une responsabilité particulière sur le sujet en adoptant des mesures progressistes et qui seront finalement moins impactées sur le plan économique.

Les objectifs liés au développement durable à horizon 2030 mis en avant par la Banque Mondiale sont grands et ambitieux. Nous pouvons citer par exemple dans notre cas un accès à l’eau potable universel et équitable pour tous ainsi qu’à des conditions sanitaires et d’hygiène adéquates. Egalement des objectifs de réduction de la pollution des nappes phréatiques, des fleuves et des océans, minimiser les déchets de produits chimiques et toxiques et mettre fin au dumping. De plus en intégrant des procédures de gestion des risques liés à la pénurie d’eau pour plus d’efficience dans son utilisation au sein des entreprises consommatrices. Les risques liés aux ressources en eau constituent un exemple remarquable du risque d’épuisement. L’eau apparait comme une des principales questions environnementales dignes d’intérêt pour les investisseurs en raison de sa non-substituabilité. La question est de voir si l’ultime goutte d’eau coulera dans la gorge du dernier Homme sur Terre ou sera utilisée dans un processus de fracturation hydraulique.

Sources :

https://isccp.giss.nasa.gov/role.html

http://www.unesco.org/new/fr/media-services/single-view/news/urgent_need_to_manage_water_more_sustainably_says_un_report/#.VQwyW46G98E

http://sdg.iisd.org/sdgs/goal-6-clean-water-sanitation/

Hugo Kaiser

Hugo KAISER

Hugo KAISER

Hugo Kaiser a rejoint le monde de la gestion d’actifs en janvier 2015. Après avoir suivi un Master 1 en Finance Internationale à l’INSEEC Lyon, Hugo s’est doté d’un Master 2 en Management Environnemental et Energétique. Il s’est par la suite spécialisé dans les marchés financiers en intégrant le Master 2 Trading - Finance de Marché de l’ESLSCA Business School Paris. Hugo est basé à Genève depuis septembre 2017, il est en charge du développement à l’international de Sanso IS.


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